Saint-Gobain Agriculture

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L'aventure de Saint-Gobain dans la chimie et l'agrochimie

De l’intégration verticale…

Les origines de l’activité chimique, et partant de là agrochimique, de Saint-Gobain remontent aux premières fabrications de soude artificielle. La soude est en effet une des matières premières indispensables avec le sable et la chaux  pour fabriquer du verre. Les premières expérimentations datent du blocus continental, avec l’invention du procédé Leblanc qui permettait d’exploiter le carbonate de soude.

La première soudière fut installée en 1806 près de la manufacture historique, dans la forêt de Saint-Gobain, à Charles-Fontaine, un ancien hameau de gentilshommes verriers. En 1822, cette installation fut remplacée par une soudière plus importante à Chauny, au bord de l’Oise, où la Manufacture avait établi un deuxième établissement de fabrication de verre.

… à la diversification

Au milieu du XIXe siècle, la « Société Anonyme de la Manufacture des Glaces et des Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chauny et Cirey » est une affaire prospère dont le succès ne tient pas qu’à sa seule activité verrière. Le développement de l’activité chimique, clairement exprimée dans la raison sociale, est une manifestation précoce d’une stratégie désormais classique : celle de la diversification.

Si la manufacture de Saint-Gobain est la tête de l’activité verrière, celle de Chauny est au cœur du développement de l’activité chimique. L’accession à la présidence de Saint-Gobain en 1844 de Gay-Lussac, montre bien la montée en puissance de l’activité chimique. Avant de prendre la direction de la manufacture, et avec son élève Clément-Desormes, il avait perfectionné le processus de fabrication de l’acide sulfurique, améliorant la compétitivité de la soudière de Chauny, en particulier de ses usines marseillaises, qui entre 1829 et 1835 voit sa part de marché national grimper de 3% à 15%.

Plus significatif, l’activité chimique qui était auparavant essentiellement sous-traitante de l’activité verrière, diversifie également sa base de clients : en 1850, les ventes internes ne représentent plus que 15% des ventes contre 75% en 1830. Pour reprendre les mots de Maurice Hamon, « l’activité chimique devient véritablement l’arc-boutant de celle des glaces, en jouant le rôle sécurisant de diversification ».

La consolidation à la fin du XIXe siècle

L’activité chimique de Saint-Gobain, traditionnellement fort rentable, est remise en question lors de la signature d’un traité de libre-échange avec le Royaume-Uni en 1860. La concurrence qu’elle induit et le coût élevé des investissements, incite la Compagnie à engager des coopérations et des restructurations.

En 1866, la Société des Manufactures des glaces et produits chimiques de Saint Gobain, Chauny et Cirey acquiert la fabrique d’acide sulfurique de John Frédéric Boyd située rue du Landy à Aubervilliers. En 1872, après avoir flirté avec Kuhlmann, Saint-Gobain fusionne avec la très prospère société chimique Perrer-Olivier. Cette fusion qui renforce l’activité traditionnelle de production de soude et permet de mettre la main sur des gisements de pyrite, composant essentiel de la fabrication d’acide sulfurique. Vers 1875, Saint-Gobain représente près du tiers du marché français de la chimie et la chimie représente la moitié de l’activité de Saint-Gobain.

L'intérêt des superphosphates découverts dans la deuxième moitié du XIXe siècle, est mis en évidence par une étude de 1878; c'est le temps du slogan « mettez du super! ». Mais il a fallu près de trente ans après 1870, pour populariser, produire et commercialiser en grande quantité les superphosphates. Saint-Gobain ne lança son grand programme de construction de quinze usines spécialisées qu'en 1892. Sur ce marché, Saint-Gobain s'imposa devant ses concurrents de l'époque Kuhlmann, La Bordelaise et d'Auby.

Le déclin du XXe siècle

Encore puissante à la fin de la première Guerre Mondiale, la Chimie de Saint-Gobain pèse alors autant que l’activité verrière. Mais alors que cette dernière est déjà largement européanisée, l’activité chimique, elle, reste franco-française et voit ses positions commerciales s’éroder doucement. Elle est fondée sur la fabrication de produits chimiques de base et la fabrication d’engrais complétés de diversification dans la pétrochimie et dans la cellulose. La reconversion spectaculaire vers les engrais azotés (et la construction d’un réseau d’usines pour couvrir géographiquement l’ensemble du territoire français), n’endigue que temporairement le déclin.

A partir des années 1950 et fort de ce constat, Saint-Gobain va rationaliser son activité chimique en procédant à des regroupements voire à des cessions. En 1949, les Soudières Réunies est filialisé et rapproché d’autres activités pour en faire un champion national français face au belge Solvay. Saint-Gobain se rapproche également de Shell pour lui céder progressivement sa pétrochimie ainsi que ses produits chimiques (les engrais de Shell étaient distribués par Saint-Gobain).

La fusion avec Pechiney

Effective en 1962, la fusion des activités chimiques de Pechiney et de Saint-Gobain va donner naissance à un champion national de la chimie. Par la même occasion Saint-Gobain en profitera pour se séparer de son activité azote au sein de la Société Chimique de la Grande Paroisse et des Produits Chimiques Shell – Saint-Gobain. De fait l’activité engrais qui représentait 55% de la chimie de Saint-Gobain au début du XXe siècle ne représente plus que 20%  de l’activité du nouvel ensemble. La fin d’une époque. L’ensemble sera racheté  en 1969 par Rhône-Poulenc, dont le siège fut un temps situé aux Miroirs, en face de celui de Saint-Gobain.